des pieds se balancent devant un vitrail expositions

Dans les têtes de Ma Dame

Dans les têtes de Ma Dame

EXPOSITION À PHOTOCRÉANOMADE

PHOTOGRAPHIES DE CÉLINE MATHÉ, THOMAS JOURNOT, SARAH VOULLEMINOT
du 16/12/2023 au 29/02/2024

Brèves de prises de vue
(Durée 2 mois)

Lieu : Dressée sur son éperon de pierre dure, la collégiale Notre Dame domine la ville de Semur. Y pénétrer après avoir gravi les ruelles pentues et pavées tout aussi dures, procure un apaisement , un ravissement esthétique. Cette même pierre, travaillée, allégée, en s’élevant vers le ciel, nous fait oublier le minéral qui en prenant forme, a masqué sa dureté.
Entrer dans la Collégiale procure une paix, un plaisir esthétique. 

Personnages : 
Étienne Jacquot : (Étienne J.) président de l’association des Amis de la Collégiale
Céline Duchesne : (Céline D.) animatrice du patrimoine, membre de l’association des Amis de la Collégiale
Sarah Voulleminot : (Sarah) photographe chez PhotoCréaNomade
Thomas Journot : (Thomas) photographe chez PhotoCréaNomade
Céline Mathé :(Céline) photographe chez PhotoCréaNomade
Jules Wolff : (Jules) le stagiaire photographe chez PhotoCréaNomade

Fin de journée d’été : Suite à une réunion des Amis de la Collégiale, à quelques rues de là, Étienne J. et Céline D. viennent voir l’avancement du travail de PhotoCréaNomade

Ils passent la petite porte ocre creusée dans le grand portail , entrent pour se perdre dans ce palais de pierre, et s’arrêtent quelques minutes pour flâner dans ces travées maintes fois arpentées. Leurs pas viennent troubler le silence de l’édifice, silence tout relatif car des bruits métalliques et d’autres pas résonnent. Quatre silhouettes qui s’affairent sur une tour en tube de 8 mètres de haut viennent à leur rencontre. Les roues de l’échafaudage tremblent à chaque dalle. 
Devant le baptistère, Céline la photographe et Sarah rangent le matériel, replient les trépieds et les appareils photo retournent dans leurs écrins de mousse. Thomas enlève son harnais de sécurité fluorescent, qui, à terre, tranche avec la pierre séculaire. Enfin, Jules, le stagiaire replie les 8 mètres de la tête de loup qui redevient un petit balai à poils rond. 

Céline D. (avec enthousiasme)
Avez-vous fait les photos de l’ensemble sculptural de la chapelle dite de « La Mise au tombeau » et de ses lignes admirables ? N’oubliez pas de saisir les détails de la si jolie petite Vierge et l’expression si prenante des visages…

Céline
Oui ! On était à quelques centimètres de son décolleté ! Fascinant de le voir de si près et découvrir le travail des tailleurs de pierre… Par contre, il n’y avait pas que cela comme détails, autour de la porte, des feuilles de chou, des escargots… c’est très travaillé ! Nous avons relu les notes que nous avions prises lors de la longue visite que nous avions faite avec toi,mais il faudrait en refaire une autre, au regard de toutes les subtilités entraperçues…

Sarah
Et sans les toiles d’araignées, c’est encore plus impressionnant ! Ces petites bêtes sont d’ailleurs plus à l’aise que moi en hauteur, mais ça, c’est une autre histoire…

Étienne sourit amicalement puis rajoute à cette petite discussion, une explication intéressante sur la chapelle Saint-Cyr (encore entourée de rubalise rouge et blanche qui coupe le chemin aux quelques touristes en visite en cette fin d’après-midi).
(NDLR Par manque de place nous ne retranscrirons pas ici cette explication riche, éclairante et ponctuée d’humour du personnage dans son intégralité. L’extrait ignoré parle entre autres de la chapelle Saint-Cyr et Sainte Julitte car le Christ y exprime une humanité et une miséricorde sans pareilles. Sans oublier l’ange planant dans les cieux, portant les Écritures.)

Pendant ce temps-là, les quatre photographes rangent leur attirail. Le curé, Serge Athénor a aimablement permis à la petite équipe de polluer un petit coin de l’édifice pour stocker son matériel . À voir la routine installée, on comprend vite que l’équipe est rodée. Mais le défi technique est de taille : lumière rare, reflets, éloignements des objets à photographier qui sont là haut, là haut. . . et la course du soleil qui ne s’arrête pas. Le timing est serré !

Jules
Hé ! J’ai pris en photo l’équipe sur l’échafaudage, ça pourrait servir pour le « Making off ? »

Thomas
Oui, pourquoi pas ! On pourrait l’intégrer à l’exposition prévue pour annoncer la sortie du livre.

Étienne J. 
La première des expositions qui sera présentée sur la place Notre Dame devant votre boutique ?

Sarah
Oui, une expo en couleur, avec des photos de nous en train de travailler sur l’échafaudage, de passer la tête de loup… pour faire une espèce de « teaser ». Ça servira à annoncer les panneaux explicatifs qui seront prochainement installés dans la collégiale, mais pas que…

Céline
Ça annoncera aussi la souscription pour le livre qui sortira au printemps 2024. à l’occasion des 800 ans de la Collégiale…

Céline D.
Le livre en noir et blanc en co-édition entre les Amis de la collégiale et PhotoCréaNomade, je l’attends avec impatience… D’ailleurs je suis dans la préparation de textes qui permettront d’en savoir plus, mais je ne sais pas encore comment aborder le sujet… Hum. Peut-être en introduction : Vous êtes des «ouvriers du bâtiment», participants à une grande œuvre des architectes du XIIIème siècle : maçons, sculpteurs, peintres, maîtres-verriers…

Thomas (interrompant la discussion)
Ce making off, on va l’appeler comment ? Je suis désolé, mais j’aime connaître le nom des projets, c’est un TOC chez moi…

Céline
Déambulation dans les hauteurs de… non…
Pourquoi pas : (elle laisse passer un instant) Flâneries… dans les têtes de Ma Dame ? 

Fin du premier acte

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affiche avec photo couleur d'un clé de voute
containers sur un cargo en mer agitée expositions

L’âme des cargos

L’âme des cargos

EXPOSITION À PHOTOCRÉANOMADE

PHOTOGRAPHIES DE THOMAS JOURNOT
du 16/06 au 1/09/2023

Aujourd’hui, c’est ma première journée complète à bord du porte-conteneur M/V Douce France, une journée à quai, accroché au béton du port du Havre, nous sommes le 10 octobre et c’est le 1er jour de ma rotation autour de l’océan Atlantique. Une première journée riche d’enseignements et de nouveauté pour le vieux terrien et jeune marin que je suis. J’ai passé du temps à suivre le chargement, à fureter sur le quai, avant que le vent de l’océan me contraigne à regagner ma cabine pour une petite pause. Moi qui suis plutôt habitué au vent continental, je ressens l’humidité et le sel de celui‑ci à travers ma parka de skippeur du dimanche. Les dernières boites ont pris place à bord, le bruit des conteneurs qui s’amoncellent sur le pont ne ponctue plus les minutes. Les dockers sont partis, le calme est revenu. On appareille ce soir. Prévu à 19h, le départ est repoussé à 23h pour finalement se dérouler à 0h00 : heure prévue de la délivrance.

Pour monter à la passerelle, il faut escalader l’escalier très raide qui mène au cinquième étage du château. Le dernier palier est faiblement éclairé par une lumière rouge. Une fois passé la lourde porte, on pénètre dans l’obscurité qui règne sur le poste de pilotage. Il me faut quelques minutes pour habituer mes yeux au manque de lumière et discerner le faciès des hommes qui guident le navire. Au début, je ne distingue que la formidable vue sur le pont rempli de conteneur et les quais par delà l’immense baie vitrée. Quelques boutons lumineux et deux énormes écrans radars illuminent légèrement la cabine. 
L’atmosphère est sereine et seule la radio, intempestivement, perturbe les voix calmes des officiers. Le poste de pilotage est vaste, propre, rangé. Je prends place parmi les hommes du Douce France, je salue le pilote qui guidera le navire jusqu’à l’océan, je m’adapte à l’ambiance. Je souffle. Si ce n’est pour me remettre des cinq étages, au moins pour reprendre mes esprits. Le départ est donné, je suis arrivé à temps. Le navire vibre un peu différemment, je sens que le Douce France bouge. Je sors sur le balcon gauche, l’aileron tribord, avec le capitaine et le pilote. Encore obscurs pour mes oreilles vierges de tout langage maritime, les ordres du commandant permettent au navire de s’éloigner du quai.
Lentement, le navire prend son cap, se frayant un passage parmi les autres cargos en plein chargement. Illuminés de toute part, l’activité sur le pont de ces navires est intense, les portiques s’affairent et je reconnais de loin le fracas métallique de deux conteneurs qui se joignent. Les lumières de la ville, pourtant toute proche, paraissent lointaines dans cette atmosphère portuaire. Elles deviennent de plus en plus faibles au fur et à mesure que le cargo s’approche de la fin de la jetée. Les autres navires, eux aussi, commencent à disparaître. 
Deux balises, une rouge, une verte et soudain le vent devient plus fort, les mouvements de l’océan viennent bouleverser mon horizontalité habituelle. 

Une sourde euphorie me gagne.
Devant moi, l’infinie obscurité n’est troublée que par les lumières des cargos en rade, parsemés au large. Je me retourne, le Havre se dessine alors entièrement, étincelante, vibrante. Aplatie sur un horizon invisible, ce dernier témoin terrestre rapetisse à une vitesse folle. Je ne suis plus attaché au continent, je vole avec le cargo, porté par le vent du large, traversant la nuit enveloppante. Le pilote me dérange en pleine rêverie intérieure, il vient me saluer. Il s’en retourne à terre, pour guider un autre cargo vers son nouveau départ. 
Avec l’idée que je pourrais dire stop et revenir à terre avec lui à bord de la pilotine, arrêter là mon aventure et rentrer chez moi, me viens aussitôt le sentiment que le départ, finalement, ce n’était pas hier lorsque j’ai posé ma valise dans ma cabine ou tout à l’heure lorsque nous avons largué les amarres. Non, c’est ici ! Alors que le navire a changé de bord pour aller droit vers sa première destination, à cet instant commence réellement mon voyage à la rencontre de l’océan. Un voyage intérieur vers la solitude, vers d’autres habitudes, d’autres horizons et un autre hémisphère. 
L’envie de partir n’est plus, elle est enfin assouvie. Découvrir des instants inespérés, des lieux incongrus. Je m’en vais découvrir le monde de la marine marchande et ce qui fait l’âme d’un cargo : je pars rencontrer les hommes de ce navire. C’est pour cela que j’ai embarqué et ça risque d’être le plus ardu. Je ne connais qu’un ou deux noms, je n’ai que très peu discuté avec les marins et je me sens terriblement seul depuis que je suis monté à bord. 

Je regarde machinalement mon téléphone portable, plus de réseau. Je laisse la terre et la ville devenue petit point lumineux derrière moi, je retourne à l’intérieur ramasser mes appareils photos, je suis exténué, la journée a été longue. 
À la barre, Claude regarde l’horizon, je me joins à lui quelques instants avant de redescendre dans ma cabine. 
Il est silencieux, je le dérange. 
Assis sur son fauteuil, l’œil vers le radar, l’oreille vers la radio, l’esprit au loin. Un mois et demi de reportage m’attend maintenant, cela va être dur de m’intégrer au monde fermé de la marine marchande. Les hommes d’équipages n’ont pas l’air amical, ils n’ont pas l’air d’avoir envie de communiquer et le second, assis à côté de moi, me semble être le moins aimable, avec sa gueule de vieux marin bourru.

Soudain, il se retourne vers moi et amicalement, presque paternellement, engage la conversation : 
— Alors, qu’est-ce que tu penses de l’océan ? Tes premières impressions sont bonnes ?
— Je sais pas, je découvre… 

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